Hara-Kiri ne figurait pas au catalogue de ses lectures régulières... mais il était, pour Pascal, une référence en matière d'humour noir, décalé, provocateur et scatologique ! Autrement dit, notre Grand avait un humour à la Hara-Kiri...

Alors on s'autorisera cet emprunt à la Une « de Gaullesque » de l'hebdo satirique, en se persuadant que ni Cavana, ni le Professeur Choron ne considèreront cela comme une faute de goût : Pascal était des leurs !

Oui, y a eu un bal tragique au Château-d'Olonne, hier lundi ! Un bal un peu trop "tragédie classique" de l'avis de Celui qui a été condamné à regarder ça de haut ! Que de têtes d'enterrement ! Que de larmes ravalées ! Que d'yeux mouillés ! Que de reniflements contenus ! L'a pas trop aimé qu'on pleurniche sur son sort, le Grand ! Il avait rêvé d'un au-revoir plus rock and roll ! Moins contenu ! Moins convenu ! Plus décalé !

D'ailleurs, à un moment, l'a pas pu s'empêcher d'intervenir pour faire dérailler ce petit train des bonnes convenances et de la bien-pensance ! Car qui d'autre que Lui a pu provoquer cet acte manqué qui a déclenché le fou rire de Soeurotte Véronique quand, sous le regard consterné de son chéri de Pompier et avec la complicité à peine gênée de Dame Caro, Soeurotte s'est rendu compte qu'elle avait égaré (sinon oublié) la feuille sur laquelle avaient été couchés deux ou trois bouts de phrases devant faire office de prière universelle ? Qui d'autre que le héros du Bal, le Grand qu'avait horreur des trains qu'arrivent trop à l'heure et des cérémonies trop réglées comme du papier à musique ?

Ah le beau moment de grâce que ce fou rire de Soeurotte Véro ! Des comme on aimerait en voir plus souvent, n'est-ce pas Jean-Mimi ?

N'empêche qu'il a dû être ému, notre Grand, quand Soeurotte Véro (décidément, qu'est-ce qu'elle se sera dévouée !) a lu un petit mot du fiston Pierre ! Désormais, c'est lui le Grand ! C'est l'héritage ! Y a des filiations qu'on ne peut renier ! Ouais, l'était émouvant ce message à son Père ! Tout comme le poème lu à deux voix par Patrick et Margaux, les autres dépositaires de l'ADN du Grand ! Ouahhh ! Je suis sûr que Papa Grand a essuyé une larmounette, accroché à son nuage ! Si c'est pas de la bonne graine, ça, je ne m'y entends pas !

Et Rantanplan ? En un petit billet tout aussi émouvant, la Catherine a décoché une flèche d'amour droit dans le coeur de son Grand frère et de toute la petite famille ! « Qu'est-ce qu'elle va encore dire comme connerie » n’a-t-elle pas lu cent fois, mille fois dans le regard de son Grand frère qui s’est cru obligé de tenir le rôle de son Père trop tôt disparu ? Ben, cette fois, le Grand, elle a tapé dans le mille la Catherine ! T’as pas été peu fier d’elle ! Oh, dis pas le contraire ! J’ai bien vu ton clin d’œil avec ton p’tit sourire narquois, de l’air de dire : « Respect, la Cath’ ».

Bon d’accord, y a ces moments de grâce où l’émotion a submergé l’assistance et, n’en déplaise au Grand qui n’a jamais aimé faire étalage de ses sentiments, de telles images méritent bien qu’on écrase une p’tite larme… D’autant qu’à côté de ça, je suis sûr, le Grand, que t’as particulièrement apprécié de voir, réunies devant ton portrait-poster, toutes ces femmes qui ont fait un bout de chemin plus ou moins long avec toi !

Allez, déconne pas ! Dis moi pas que c’est pas vrai !

Avec Jef et sa Patou, on a eu la même pensée que toi ! Je suis même sûr que c’est toi qui nous l’a soufflée dans le creux de nos oreilles ! On a entendu ton persiflage : « Z’avez-vous les copains ? Elles sont venues, elle sont toutes là… Y a Patou, y a Mado,  y a Caroline, y a Marie, y a Sylvie, y a Corina, y a… »

Bon ça va, Pascal, on a compris… et elles aussi : en dépit de tous tes défauts, t’étais un sacré mec… et tu méritais bien qu’elles le montrent toutes par leur présence !

N’empêche, que tout ce cérémonial, à l’église, au funérarium, t’as dû trouver que ça manquait de fantaisie ! En revanche, y a une chose qu’a pas fait défaut : c’est le Champagne ! Pouvait pas en être autrement, avec toi, sinon ça aurait été une faute de goût impardonnable !

Non, en fin de compte, plus j’y pense, plus je me dis que la seule vraie faute de goût a été… ta discrétion !

T’aurais quand même pu prendre sur toi et faire un effort, bordel ! On était tous là pour toi, quand même ! J’ai notamment cogné trois coups à ton cercueil, à l’issue de la cérémonie du Souvenir au Crématorium. Me dis pas que t’as pas entendu ! Y en a même qu’ont trouvé que j’y allais un peu fort ! Se sont peut-être dit que je risquais de te réveiller ? Z’ont peut-être trouvé que je manquais de savoir-vivre ?

Enfin, t’aurais pu te manifester… j’chais pas, moi … en donnant un coup de pied dans ton cercueil… en m’demandant de dévisser le couvercle ! Me dis pas que tu n’y as pas pensé… on en a parlé quelquefois, en se disant que ça serait une Tuerie que ce gag-là !

Bon, comme je l’ai répété, hier, les choses se passent rarement comme on l’avait prévu…

Tiens c’est comme ton départ ! C’était pas prévu comme ça ! Avec un infarctus à 31 ans, j’avais les statistiques pour moi. J’aurais encore dû être le premier. Comme à la compét’ de karting que t’avais organisé pour tes 45 ans ! Tu l’as pas oubliée, celle-là ! T’étais vert de rage ! Se faire bananer par le cardiaque blond vénitien ! La Honte ! D’autant que j’ai dû rallier les urgences dans la foulée… Merci encore le Pompier !

Mais cette fois, j’en conviens ! T’as gagné le match ! Mais j’ai pas dit mon dernier mot, le Grand ! Là-haut, on trouvera bien un moyen de se défier encore, non ?

Quoi ? Qu’est-ce qui y a ? J’ai oublié un truc ?

Ah oui ! Faut que je vous dise : Nous tous qui étions au Château-d’Olonne, on a senti votre présence à VOUS tous, hier. Et le Grand aussi ! Comme à chaque fois que vous avez été devant votre clavier et que, par la magie d’internet, Pascal a vu se muer en lettres, en mots, en phrases, en images… votre présence virtuelle !

 

Votre Obligé,

Et celui d’un Grand,

LE PORTE-PLUME