J'a! juste en côtoyant "le success story rue89 " du parisianisme, une des actrices militantes qui s'accuse d'être tombée par terre par la faute à Voltaire....:-)

ARTICLE: et si vous être parisienne , allez les supporter....

 

TÉMOIGNAGE

J'aimerais retourner accoucher à la maternité des Lilas

  • Une mère nous a envoyé ce témoignage en forme d'hommage à la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), un lieu considéré comme « alternatif » depuis les années 60, aujourd'hui menacé de fermeture ou de cession à un fonds de pension anglo-saxon parce que « pas assez rentable ».

Le plus beau jour de la vie ? Pas nécessairement… Mais l'un des jours les plus importants. Un moment décisif pour la mère, le père, l'enfant que celui de la naissance. Un événement dont on choisit rarement la date mais, le plus souvent, le lieu. Et c'est loin d'être anodin.

J'ai fait Normale Sup, HEC, Sciences-Po, passé l'agrégation. Beaucoup d'épreuves et d'instants cruciaux. Rien de comparable à celui de donner la vie, un rendez-vous avec un nouvel autre mais surtout avec soi et avec une équipe médicale.

Avec, sans qu'on le sache forcément, un projet d'établissement et des priorités, qui déterminent la manière dont sont pris en charge l'accouchement, le suivi de grossesse, les suites de couche, etc.

« Lieu alternatif » ? Ce devrait être la norme

Enceinte de mon fils en 2010, ayant la chance d'habiter un arrondissement parisien où se côtoient quatre maternités très prisées, je fais le choix chaque mois, puis chaque semaine, de faire une heure de trajet pour rejoindre Les Lilas.

Et ce n'est pas, comme le pensent certains, parce que c'est un « lieu alternatif ». C'est, bien au contraire, parce que c'est un lieu qui, dans un monde responsable, excluant toute logique de rentabilité du domaine de la santé humaine, devrait être la norme.

Ce n'est pas faire un acte d'engagement que d'aller accoucher aux Lilas. C'est faire le choix de donner la vie non seulement dans des conditions d'extrême sécurité médicale mais aussi d'extrême conscience où l'enfant, la mère et le père sont respectés.

Où la préparation à la naissance et le soutien à l'allaitement sont des priorités.

Où la durée du séjour n'est pas de deux, trois ou quatre jours mais décidée avec le couple en fonction de ses besoins et de ses envies : cinq, six, sept jours sont possibles aussi. Huit pour moi, par choix, parce que j'en avais besoin physiquement et plus encore psychologiquement.

Un hôpital privé à but non lucratif

Cela est possible parce que la maternité des Lilas est un hôpital privé à but non lucratif mais, surtout, parce que l'ensemble de son équipe, médecins, sages-femmes, aides-soignantes, puéricultrices, personnel hôtelier et administratif placent les patient(e)s au cœur de l'institution, parce que le recours aux techniques les plus modernes n'empêche pas le respect de la physiologie de la naissance et le travail d'accompagnement humain.

Si j'ai choisi de rester aussi longtemps hospitalisée et pu le faire, suite à une césarienne accomplie en très grande urgence, c'est grâce à l'écoute dont a fait preuve chaque membre de l'équipe à tous les instants.

L'ensemble du personnel est en effet toujours, avec humilité, en quête d'un équilibre, délicat et précieux, entre les souhaits des usagers et l'indispensable sécurité médicale. 1700 accouchements par an, mais surtout 1300 IVG, 15000 consultations…

La maternité des Lilas est bien autre chose qu'une accumulation de statistiques voire même qu'un espace de soins fondamental au sein du département très peuplé de Seine-Saint-Denis.

Des valeurs humaines délaissées par le système français

Elle incarne une conception unique de la grossesse, de la naissance, de l'accompagnement des femmes, des mères, des pères, des couples et de leurs bébés. Elle porte, depuis sa création en 1964, des valeurs humaines auxquelles l'évolution du système de santé français laisse de moins en moins de place.

Pour la seconde fois de son existence, elle est aujourd'hui menacée de fermeture. Son activité n'est pas assez rentable.

La maternité ne compte pas assez de lits, n'effectue pas assez d'actes chirurgicaux – c'est un choix de santé publique d'essayer par exemple de limiter le nombre de césariennes ; ou pas –, a des locaux vétustes…

Certes, il faut la reconstruire et l'agrandir. Les plans sont faits. Le projet finalisé, signé, sur le point de débuter le mois prochain dans le cadre du plan Hôpital 2012.

Revirement inexpliqué de l'administration

Lorsque soudain, passant outre l'accord donné en 2009 par l'agence régionale de l'hospitalisation d'Ile-de-France (ARHIF) et le Ministère de la Santé (en la personne de Roselyne Bachelot), l'agence régionale de santé (ARS) est revenue sur les engagements antérieurs et a remis en cause le projet de reconstruction, entraînant à court terme la fermeture de l'établissement qui devait s'agrandir pour être pérenne.

Regroupements en énormes pôles hospitaliers, fermetures des unités de proximité, réductions drastiques de personnel, mercantilisation croissante de la santé sous couvert de rationalisation… la situation interpelle quiconque s'intéresse au système de santé français, notamment en tant qu'usager…

La fermeture de la maternité des Lilas entraînerait celle d'un service de gynécologie obstétrique exceptionnel par le sens qu'il donne au lien mère-père-enfant mais aussi d'un centre d'orthogénie et de planification qui a toujours été pionnier dans le respect du choix de femmes.

La fin d'un lieu militant, d'une autre politique de santé ? 

Ce centre associe un engagement sur le terrain – la réalisation d'IVG jusqu'à 14 semaines d'aménorrhée avec le choix de la méthode – et un engagement politique avec une inscription forte dans tous les mouvements de défense de droit à l'avortement et à la contraception.

La fin de cette structure serait celle d'un lieu militant qui a été de toutes les luttes pour que les femmes soient libres de disposer de leur corps. Ce serait surtout celle d'un lieu qui incarne une autre politique de santé publique. Sa fin serait médicalement très regrettable pour le 93, symboliquement tragique pour la France.

Depuis de longs mois, un collectif se mobilise pour qu'elle puisse continuer à exister. Aujourd'hui, le seul espoir de maintien de son activité est le rachat par un fonds de pension américain ou australien suite à une proposition de l'ARS… Autant dire l'exercice de la médecine en toute indépendance et en toute conscience…

Fermeture du planning familial, pas rentable

Ce rachat entraînerait la cessation des activités non rentables – notamment celles liées au planning familial – et surtout la fin d'un des lieux emblématiques de ce que devrait être l'accompagnement de l'arrivée dans notre monde des petits humains.

Samedi 24 septembre 2011, le collectif de soutien à la maternité des Lilas appelle à une manifestation à 10h devant la maternité.

J'irai manifester samedi, pour défendre une certaine idée de la naissance, une certaine idée de la médecine. Qui place l'humain au cœur du médical. Et réciproquement.

Et, si j'ai la chance d'accueillir de nouveau un enfant un jour, j'espère que ce sera à la Maternité des Lilas. Reconstruite.