"C'est quoi ce vin,vous avez vu cette couleur , Cor...., comment vous avez dit comme prénom?"

Hier soir vers 23 heures, il s' est passé quelque chose qui quelques mois auparavant aurait pu être considéré comme; choquant , décalé, triste , grave, bref pas sympa, mais comme il est très trop (4h50), et que je n'arrive pas a trouver le terme, piochez dans un des qualificatifs précédemment cités ou trouvez le vous même.

"Vous prendrez bien un peu de  cuvée Aimé Cazes 78 Carina?" 

Mais petit retour quelques heures auparavant, au cours d' un agréable après midi  "affectivoenogourmand" entre amis.

Les quelques bons produits et dives bouteilles partagés auraient dû nous amener à une ébriété joyeuse ou ivresse élégante , mais la qualité des participants nous  amena, sur le chemin d'un sujet plus grave.

"Alors Carolina ce Rivesaltes 78, vous en pensez quoi?"

Oui, Mr le Président je l'avoues , le coupable de tout ça c'est moi, étant donné mon pouvoir et aptitude grandissante a savoir, le pourquoi, du comment, du où suis je, et dans quel "étagère".... 

Je m'étais exposé, non pas à la  vindicte populaire,  mais à l'opinion de mes amis, sur ma façon de communiquer l'éventualité d'une issue pas sympa à mes proches.

"Pas mal ce vintage 78 sur le balsamique Calina?"

J'expliquais à mon sympathique auditoire que je me devais d'accompagner les miens à préparer ou anticiper leur deuil, en arrêtant de croire à mes chroniques d 'une victoire annoncée, et se concentrer sur l'autopsie d'un échec avéré... 

Enfin si, de croire en mes chroniques de victoire annoncée mais en intégrant que le "semblant pas malade " que je suis (bronzé,  tonique, joyeux, "même pas mal affiché"), était dans une situation totale cata, malgré les apparences...

En fait la déclinaison tardive à ma façon du : "comment le voir vivre heureux en attendant la mort", les amenant implicitement, dans quelques semaines, mois, années, à légitimer lèger, le départ de leur proche aimé.

"Bien sûr Catlina, approchez moi votre verre"..."

Visiblement l'auditoire n'était pas contre ma façon d'aborder le sujet, et même si l'enthousiasme à l'égard de ma démarche n'était pas forcément salué par une hola, j'avais ressenti que ma manière d'aborder les chose n'était pas si idiote... 

Ce mdi aprés midi oeno gourmand s'était gentiment terminé vers 17 heures dans une humeur durable, et propice à de nouvelles retrouvailles et aurait pu aisément se terminer par un facile:

"Alors Catilina un peu de Rivesaltes pour la route, il en reste"...

Mais revenons à hier soir donc, et au retour de mon cuisinier de fils vers 23 heures.

Le contexte:

Suis entrain de suivre du coin de l'oeil une piètre émission sur la télémoche, tout en pianotant et "émèssenant" gaiement avec Dame Corina, oui, oui, celle du Rivesaltes....

Pierre:

"Euh...., je peux te poser une question, mais surtout te vexes pas , mais , euh...comme on en a pas parlé, enfin si une fois il y a plus d'un an, mais tu sais quoi ....?"

Il est hésitant mais son visage ne marque pas la gravité, comme si le sujet n'était pas si important que cela. De mon côté , j'ai déjà percuté sur la question que je vais me prendre en pleine face.

"Euh, ben oui, si demain tu, enfin ça se passait mal , je deviendrai quoi moi, faudrait que je fasses quoi?"

Sans rien montrer, j'aurai bien à ce moment là demandé à Carinella , si il ne lui restait pas quelques gouttes de ce vin ambré goûté quelques heures plus tôt....Mais j'allais surtout avoir la réponse à mon système de communication.

"Pierre, j'entends bien ta question , j 'y répondrai lui dis je "total décontracté" , m'alignant ainsi sur la tonalité sur laquelle il avait amené le sujet. Je te répondrai, mais comme  ce n'est pas vraiment d'actualité cette hypothèse, accordes moi que l'on en parle plus tard, ok?"

Son visage, suite à ma réponse, n'avait pas pris de gravité supplémentaire, et je cru même percevoir une belle sérénité pour un sujet si grave et si lourd pour un enfant de 16 ans en pleine découverte de son père...

Alors, à la minute où je vous écris, je suis convaincu que ma "méthode" est bonne, conforté que je suis par le :

"Génial, il a exprimé et t'as parlé de ce sujet, car il t'a senti capable d'en parler" de Dame Corina, qui en plus d'être experte en captation d'esters de vin muté, se commet professionnellement dans l'explication des "flavours" des mots de l' âme...

Corina, un dernier verre de Cazes 78 pour la route, on va pas se quitter comme ça?