Hier soir, je suis allé voir au ciné, "le bruit des glaçons", un film que je ne serais sûrement pas aller voir, si j'avais fait partie des "Always alive'.

Pourquoi n'y serais je pas allé?

Mince! Suis déjà entrain de me poser, la question des questions.

Bah, j'en ai rien a foutre du cancer, ça me concerne pas ! On nous balance suffisamment de catas à la téloch pour aller m'alourdir la chape, en allant voir des gens mourir sur la toile, comme dans une dernière séance.

Oui! Mais mon garçon, ça fait quatre ans maintenant que t'es concerné, toi, the "untouchèbeulle".

Ça fait même un paquet de mois où tu remets en cause ton Moi, toi le, "sûre" de toi !

Ok, ok! Pas taper! C'est bon.

Je vous raconte de suite pourquoi, il faut aller voir ce film qui au prime abord, pourrait planter un peu l'ambiance d'une rentrée, suffisamment plombante pour tout à chacun, avec son cortège de:

retour au boulot, de courses scolaires pour les gosses, de bronzage position pelage, d'une météo cata, d'une boite mail porteuse de trois semaines d'absence etc etc.

Alors d'abord le contexte, qui commence par : le "qui dans la salle"?

Habituellement c'est pas une question qu'on se pose quand on va au ciné.

Mais là tu as ton cancer et tu vas voir un film sur le cancer...Pas pareil..Hin , hin.

Alors, tu te sens un peu gêné, car tu te dis qu'il y a déjà dedans des gens du club, et tu cherches les sociaux styles enfin les chimios styles...

Les ceux qui sont en plein de dedans, les ceusses qui ont déja eu, les tempes grises, les "plus de tempes", les perruqués, les ex cancer du seins, les "tiens t'es là toi?", les "merde elle ou il m'a vu", les "pourquoi il est là lui?....

Bref t'es pas à l'aise, enfin moi je ne l'étais pas.

Car il y a aussi, les 'je vais tout simplement au cinoche", et tant mieux car c'est celle la, la catégorie qui nous intéresse.

Celle qui n'a pas d'à priori, celle qui a un regard juste sur la maladie, celle qui te regardera comme une femme ou un homme normal, qui ne te fuira pas, sous prétexte de voir en ton miroir, le pronostic ou le diagnostic de sa future cata annoncée ou envisageable.

Alors oui, c 'est vrai je dois vous parler du film. Je vous le fais court, car pour moi le spectacle est d'abord dans la salle , dans la tête du spectateur présent, et à la fin du film, "quand la lumière revient déjà" et que le film n'est pas terminé...

Le pitch donc:

Un écrivain à succés (dujardin) devenu alcoolo dépendant depuis le départ de sa femme, enfermé dans un mas de Provence, au bord de sa piscine, mais la tête immergée dans son seau à Rosé glacé....son doudou à lui...voit venir sonner à sa porte son cancer, sous les traits d'un homme apparemment invisible( Dupontel).

S'en suit la vie quotidienne, de ce couple, totalement probable, et les échanges liés à leur cohabitation.

Je ne vous en dirai pas plus, par contre je peux vous donner mon sentiment sur la façon dont j'ai reçu ce film .

Précision importante:

Avant d'être chimio dépendant, je suis déja bertrando blio dépendant...C'est pas neutre, et risque de teinter mes commentaires de la plus grande des subjectivités. Un peu comme Télérama, mais eux quand ils font une critique subjective c'est parce qu'ils sont trés intelligents, enfin plus que vous...

Ça veut donc dire que mon niveau d'humour, enfin mon style d'humour, se promène entre la plus grande des feintes et le plus surprenant des trashs. J'ai donc en moi et je m'en sert depuis longtemps contre ma maladie, une pratique de l'humour noir et de l'auto dérision suffisante, qui fait que j'ai éclaté de rire quand :

Dujardin se plaignant à l'oncologue d'avoir une tumeur au cerveau et de vouloir être soigné, se prendra un méga coup de boule dans la tronche de la part du praticien, lui répondant en le fracassant : ..."je vais vous le soigner !"

Oui, mon sentiment, pour ce film? J'arrive !

Celui qui a écrit ce film a forcément bien connu le sujet, car si on peut trouver que le film manque parfois de fluidité, et souffre d'une certaine lenteur, force est de constater que tout y est.

Toutes les pièces du "puzzle pathologie cancer", sont là. Pas forcément expliquées, mais toutes suggérées en filigrane:

L'arrivée du cancer, ses origines, les incidences affectives et professionnelles, le passage de l''égoïsme à l'empathie, la découverte des quintessences de la vie, l'entourage etc etc...

Sans oublier, l' intérêt vital d'un entourage familial ou affectif de qualité, nécessaire pour se coltiner la maladie et la combattre sereinement.

En clair, un film, pardon un Blier de qualité, au service d'un optimisme et d'une appréhension positive de la maladie.

Cependant, si je retire ma casquette de cancéreux à humour bizarre, je peux imaginer le côté "dérangeant" de ce film, qui a cependant à le mérite d'être interpellant sur la façon de regarder la maladie différemment.

Pour conclure revenons cependant sur la fin du film, non pas sur l'écran, mais dans la salle.

C'est la première fois que j'assiste à une fin de film où le retour de la lumière n'a pas que comme seul effet de venir vous réveiller de votre voyage en salle obscure.

Je me suis trouvé surpris, comme pris dans des phares, d'avoir un éclairage porté sur moi, uniquement sur moi, avec cet étrange sentiment, que si j'étais le premier a me lever, on verrait ma différence. Oui vous savez, le mec là avec sa couleur de peau un peu jaunâtre, les cheveux un peu court, le visage un peu fatigué....

Mais suis juste entrain de me tromper, car ce regard sur moi, c'est juste celui que je porte en moi, avec tout le poids que j'y mets.

Eh! Oh! Vous rigolez ou quoi?

Vous croyez que je vais faire dans le patoss?

J'ai 51ans! je suis bronzé! Je fais 60 km de vélo par jour! En chimio chaque semaine! Je mange, bois et plus si affinités! En greffe demain !J'aime ! On m'aime! Même pas mal! Suis pas trop con! J'ai un myèlome depuis 4 ans! Merde!

Mais, je visssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssvisssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssssss!!!!!!!!!

.....C'était la dernière séance, la dernière séquence et le rideau sur mon film n'est pas tombé!