De suite, avant d'être taxé de : moqueur, fouteur de gueule, d'ironique, raciste anti vieux, sarcastique, je tiens a préciser que la description de ce que j' ai vécu ce matin est a prendre avec humour. Il ne pourrait en être autrement, d'autant que les personnes que j' évoque sont dans la même situation de maladie que moi. Peut être vous dites vous, qu' avec toutes ces précautions oratoires, je vais faire fort, rassurez vous pas la peine d'écarter les enfants du poste, ça va bien se passer!

Je suis donc allé pour ma deuxième chimio me faire" brancher". Rendez vous était pris pour 8H30. Le déroulement de l' opération consistant a me faire injecter deux litres de liquide préparatoire(deux heures et demi) et me préparer à la pause de ma chimio portable, qui injectera automatiquement jusqu'a vendredi midi" le liquide salvateur". J' imaginais que l'on était en petite cellule particulière et que je pourrai tranquillement me mettre sur mon ordi pour bosser ...et repartir vers midi au plus tard... A 10H45 à part une prise de sang faite à mon arrivée, je n' avais pas vu le toubib, ni commencé l'injection du premier liquide.....

J' arrive donc à 8H30, et me retrouve dans une salle d'attente remplis de visages sympathiques, dont la moyenne d'age tutoie les 65 ans, et dont les regards en disent long sur leurs interrogations, quant à ma présence. Je tiens a préciser pour ceux qui ne me connaissent pas que je suis très beau, fais très jeune, ai un corps de rêve, tant de critères qui normalement m'exemptent d'être frappé par la maladie....D'un autre coté, je sens tout de suite que la description ci dessus, leur apporte un peu d'air frais, comme une brise de justice de savoir qu'il n'y a pas que les vieux moches qui  peuvent être touchés...Rires. Ils ont l' air de tous se connaître, et c'est vrai qu'après avoir pris la mesure du climat ambiant, il y avait un coté club des chiffres et des lettres, ou questions pour un champion, sauf que là, les champions du jour ils n'étaient pas sortis des sélections....

Le contexte posé, quelques minutes plus tard, le show commencait par la revue de presse du torche fesse local, par le mari d'une patiente (roger ex garagiste qui a connu l' ange blanc et ben chemoul à l' époque du catch à la télé commenté par Coger Couderc). Tout ce que je vous dit est reél est non inventé. S'en suit donc une tirade sur les jeunes, le chômage (tous des faignasses), les arabes (tant qu'ils étaient qu' épiciers ça allait), les chinois( qui colonisent Paris), Sarko, 3 cd pour 5 euros chez cora, etc etc. Le pire dans ces moments là, c'est que souvent, ils sont en recherche d'acquiescement de leur prestation journalistique. Donc un conseil, gardez la tête baissée sur votre ouvrage si vous ne voulez pas être pris comme témoin....

Cette  ambiance n'était pas forcement ma tasse de thé, mais  force était de constater que toutes les remarques, commentaires, étaient assez révélateurs de notre société. Même si je vous l' accorde, l'échantillon était représentatif d'un créneau très précis dans la pyramide des âges.Je devais cependant faire avec, et dans cette ambiance club, je devais à la fois ne pas passer pour fier et distant, et garder une certaine distance pour ne pas avoir a rentrer dans la conversation, et subir dans la foulée, un interrogatoire en règle sur, le comment, qui, et pourquoi j'étais là?A ce sujet, j' ai eu chaud dans les premières minutes, car mon regard accueillant, avait croisé celui d'une mamie qui avait sûrement vu en moi un petit fils ou quelque chose comme ca. Je fûs sauvé par une de ses copines de boisson(cocktail d' eau minérale) qui venait se faire brancher. Sauvé!

En tout cas, c'est  ce que je croyais, quand elle se sont mises a parler de leurs malheurs respectifs. L'une entraînant l' autre dans sa chute en ponctuant par des :"de toutes façons c'est comme ça","faut si faire","on se demande pourquoi nous", "ah bon vous croyez ", etc etc etc. Mais toute la sollicitude de sa brave oreille amie, aurait dû l'empêcher d'aller plus avant dans la description de ses misères, mais le pire arriva : Elle commença donc, le descriptif complet de sa maladie, identique à celle que j'avais contractée, dont, personnellement, j'avais refusé d'entendre les étapes et les incidences, et pour laquelle je souhaitais apprendre seulement au jour le jour l' évolution...J'ai eu droit de savoir qu' après une première guérison, sa maladie reprenait, car sa propre auto greffe de 45 jours n' avait pas marchée. De plus, c' est elle même par stress, qui avait demandé de sortir de sa chambre stérile où on ne voyait personne.....Et qu'aujourd'hui trois ans plus tard , elle était de retour, et que de toute façon: Cette maladie ne se soignait pas...Je dois vous avouer que j'ai senti en moi monter une pulsion assassine pour cette brave dame, que la gentille naïveté avait transformé à mes yeux, en terrible connasse...

Une petite pause libératrice avec le toubib (pour faire le point), me permis de revenir dans un registre, plus ou plutôt moins  stressant,et de ne pas avoir envie de la tuer, en ayant pris le soin de lui expliquer avant, qu'elle cassait le moral de sa copine. Petit retour en arrière pour vous livrer la phrase du jour de Roger le garagiste: "Drùcker avec son pied dans le plâtre, il a pas a nous faire chier,il passe sa vie dans un canapé avec son chien mort..et nous on bosse pendant ce temps là"....Eh bien moi, je dis MONSIEUR!

Je ne sais plus si je vous ai dit, que l'on ne m'avait branché qu'à onze heures, ce qui m' a amené a manger avec le "club", un repas hôpital...Alors là grand moment aussi, car pour tout arranger il y avait des carottes, impliquant son cortège de vertus pour la santé, le tout commenté par "monsieur revue de presse" devenu mr blague carambar"Ca rend aimable, les cuisses roses, tu baises comme un lapin, tu manges comme un lapin etc etc. Du grand art à tous les étages et un public conquis. J'ai même craint  à un départ de hola pour saluer le Michel Leeb local....

Pour résumer, un moment enrichissant (ceux la ne voterons pas Ségo), avec des gens simples, attachants, prêts a se mettre en 4 pour vous aider, sauf que moi j' avais pas envie d'être aidé...