J' ai 47 ans et je confesse que j ai eu la chance de pouvoir goûter, boire, manger toutes les plus belles et bonnes choses que le monde du bon, peut nous offrir. De la a dire que je peux mourir tranquille, c'est une autre affaire.Qu'il s' agisse des plus grands vins, de Yquem à Romanée, des plus grands produits de l' Ortolan aux Ciballes, des plus grands chefs de Bras à Bulli, ma vie a été jalonnée de grandes rencontres. La plupart du temps autour de belles tables, disons  plutôt tablées, pour la connotation plus sympathique du mot.

Je suis donc devenu au fur a mesure un pseudo référent  professionnel de tout ce qui entoure l' art de la table, et ma prétention permanente a être le meilleur a fait de moi, un être hybride situé à mi parcours, entre l' enculeur de mouche en gants de boxe, et le coupeur de cheveux en douze. Moralité, on n 'ose plus m inviter a manger, persuadé que ce ne sera jamais assez bon pour moi et que de par mon parcours j ai forcement déjà bu ou mangé ce que l on allait me proposer.

Vous vous trompez!

Je suis un garçon simple, j'aime les choses simples, faites avec simplicité, portées par des gens simples.....Pourquoi je vous parle de tout ca ? Simplement parce que je viens de me prendre la tête avec Caroline pour le sujet le plus con, qu'il soit donné d avoir pour un couple: le "qu'est ce qu'on mange"..Je m' explique:

Mon état de santé fait qu'avec les médicaments que j'avale je me trouve dans une situation de non plaisir permanent, et les raisons de s' éclater gustativement sont très rares, et paradoxalement c 'est sur des choses habituellement basiques qu' arrivent de vraies grandes éclatades. Ce qui m'amène aujourd hui a faire une fixation sur un simple steak haché avec des coquillettes, mais quand je dis fixation, je veux dire que je n'ai plus envie de rien d' autre que cela et suis capable de manger ça tous les jours pendant six mois si il le faut.

Devant l 'incompréhension de Caroline a comprendre ce plaisir simple, je me suis donc énervé et j ai décidé d' écrire une ode au steak hâché et aux  coquillettes...

Ode à la banalité culinaire:

J'ai 47 ans et j'ai honte! Après m' être souvent pâmé, devant les reflets mordorés d un grand liquoreux, d' avoir défailli au contact furtif d' un élégant fumé de poisson, d' avoir succombé à la texture moelleuse d' un foie gras vernissé en craquant de caramel, d'être tombé à la seule évocation d' une pincée de sel sur un pot au feu en vessie, eu la larme à l'oeil en me remémorant un consommé de châtaignes et copeaux de truffe, d être devenu "bourgogno dépendant" après ma première longue et suave gorgée de La tâche 1982, j'ai craqué! Oui! Moi, l 'émotif gustatif tendance cuir, le faible du gosier, le fragile de la glotte, le sado maso de l' émotion buccale non partagée: j' ai craqué! Et devant un steak haché!

Un steak haché, origine carrefour, rayon bac surgelé, en paquet de douze dont 2 gratuits, en l' ayant associé à des coquillettes barilla paquet 500gr, carton origine 100 pour cent Italie...."Mais il ne s'agit  que de quelques pâtes!, seigneur"! "Des pâtes Don Fouchetti, oui! Mais pas des "FOSSATI" (http://fossati.canalblog.com) Eh alors! J'ai pas le droit de bouffer de la merde? Et puis c'est pas mauvais.

Vous avez déjà observé, cette magnifique teinte rouge carmin imitant a la perfection la couleur de la viande pure origine CEE? Vous avez deja pris le temps de plonger dans le moelleux charnu, au coeur de la tendreté? Avez vous apprécié l' astucieux "mixage broyage" du 80 pour cent gras et 20 pour cent viande, créant ainsi ce merveilleux ruban blanc/rouge qui fait le bonheur des  belles vitrines traditionnelles, tout en ravissant l' oeil du chaland en recherche de couleurs qui pètent?

Non, bien sûr! Vous n' y connaissez rien, vous ne savez pas ce qui est bon! Et l' avez déjà fait cuir ce prince de la prairie haché, juste froid aprés sa décongélation? Non, bien sûr! Mais c'est là qu'il est bon, bandes d'handicapés de la sémantique Escoffienne! Et pourquoi? Parce que c'est le moment où sa charge en eau est maximum, et l' eau c'est sain pour la cuisson....Moi je le fais sans beurre, directement avec la poêle du midi pas lavée, dans laquelle, il reste les sucs. Ne me remerciez pas pour toutes ces astuces, on est entre nous, c'est  cadeau.

Mais passons à la dégustation, car ce contact charnel avec la viande, ne serait ce pas un appel à l' enfance, le retour à la cantine des grandes gamelles en inox et, et et....Et le moelleux  ne serait il pas l'évocation affective de la mère? Je sais, je vais peut être trop loin pour vous, en évoquant l'aspect Freudien de ce couple pervers. Un steak seul , c'est con, mais associé à une bande de coquillettes trop cuites .Concernant la cuisson des pâtes: très, très cuit. Il faut que le résultat gustatif oscille entre la plus grande des neutralités, et une mâche aussi consistante que les discours réunis des guignols "Jauressiens"...Car Il s' agit là de porter la médiocrité à son apogée, au stade d'art. Donc de l' eau ,une pincée de sel, cuisson de 30minutes, ce sera cuit. Attendre, et servir, collé, froid. VOILA!

je ne suis pas très fier de tout cela, mais je suis content d' avoir osé dénoncer mes coupables perversions alimentaires et mes pratiques "gastrophiles" honteuses. Je me sens libéré!